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Des origines à aujourd'hui — pourquoi les chrétiens se sont divisés

Histoire du christianisme

Les chrétiens du monde entier lisent le même Évangile, et pourtant ils ne prient pas tous ensemble. Cette page raconte simplement pourquoi : où et quand les chemins se sont séparés, et ce que chacun croit aujourd'hui.

Ce que tous les chrétiens ont en commun

À ne pas perdre de vue avant de lire ce qui suit : les divisions portent sur beaucoup de choses, mais pas sur l'essentiel.

Le baptême

Reconnu réciproquement entre la plupart des confessions : un baptisé protestant qui devient catholique n'est pas rebaptisé.

Le Credo

Le symbole de Nicée-Constantinople (325-381) est professé par les catholiques, les orthodoxes et la plupart des protestants.

Les Écritures

Les quatre Évangiles et le Nouveau Testament sont communs à tous. Les écarts portent sur sept livres de l'Ancien Testament.

Le Notre Père

La prière enseignée par le Christ lui-même, récitée dans toutes les confessions chrétiennes.

L'arbre des branches

Qui vient de qui, d'un seul coup d'œil.

  • Ier siècleL'Église des origines
  • 431 et 451

    Églises d'Orient≈ 60 à 80 millions

    Église assyrienne, puis coptes, arméniens, syriaques et Éthiopiens.

  • 1054

    Églises orthodoxes≈ 220 millions

    Constantinople et les Églises de tradition grecque et slave.

  • 1517

    Protestantisme≈ 900 millions

    Luthériens et réformés d'abord ; à partir de 1906, les évangéliques et pentecôtistes, aujourd'hui la famille qui croît le plus vite.

  • 1534

    Anglicanisme≈ 85 millions

    L'Église d'Angleterre, entre catholicisme et protestantisme.

  • 1870

    Vieux-catholiquesquelques centaines de milliers

    Refus de l'infaillibilité pontificale définie à Vatican I.

  • après 1965

    Courants traditionalistes

    Nés du refus de tout ou partie de Vatican II — trois situations bien distinctes :

    • Instituts en pleine communionSaint-Pierre, Christ-Roi…
    • Fraternité Saint-Pie-Xsituation canonique irrégulière
    • Sédévacantismehors de la communion
  • Aujourd'huiÉglise catholique — ≈ 1,4 milliard

Ce schéma suit le point de vue catholique, celui de ce site : le tronc y figure l'Église de Rome, dont les autres se détachent. Les orthodoxes racontent la même histoire autrement — pour eux, c'est Rome qui s'est éloignée en 1054. Chaque Église se comprend comme la continuité de celle des origines.

Vingt siècles en quelques dates

Le détail des moments où l'histoire chrétienne a bifurqué.

  • Vers l'an 30

    Les origines

    Jésus de Nazareth est crucifié à Jérusalem sous Ponce Pilate. Ses disciples annoncent sa résurrection. À la Pentecôte, les apôtres commencent à prêcher : c'est le point de départ de l'Église. Paul de Tarse porte le message hors du monde juif, jusqu'à Rome.

  • Ier–IIIe s.

    Une Église persécutée

    Les chrétiens sont une minorité illicite dans l'Empire romain, périodiquement persécutée. Les communautés s'organisent autour d'évêques ; celui de Rome, successeur de Pierre, jouit très tôt d'une autorité particulière.

  • 313

    La liberté, puis les grands conciles

    L'empereur Constantin autorise le christianisme. Les conciles de Nicée (325) et de Constantinople (381) fixent la foi commune dans le Credo que l'on récite encore aujourd'hui. C'est aussi au IVe siècle que se stabilise la liste des livres de la Bible.

  • 431 et 451

    Les premières séparations

    Les conciles d'Éphèse puis de Chalcédoine, portant sur la façon de dire que le Christ est vrai Dieu et vrai homme, laissent de côté des Églises entières d'Orient : l'Église assyrienne, et les Églises dites orthodoxes orientales (coptes d'Égypte, arméniens, syriaques, éthiopiens). Elles existent toujours. C'est la division chrétienne la plus ancienne, et la plus oubliée.

  • 1054

    Le Grand Schisme d'Orient

    Rome et Constantinople se séparent. Les motifs sont à la fois théologiques — l'autorité du pape sur toute l'Église, l'ajout du mot Filioque au Credo — et culturels : deux mondes, latin et grec, qui ne se comprenaient plus. Naissent d'un côté l'Église catholique, de l'autre les Églises orthodoxes.

  • 1517

    La Réforme protestante

    Le moine allemand Martin Luther conteste notamment le commerce des indulgences. La rupture s'élargit vite à des questions de fond : l'Écriture seule plutôt que l'Écriture et la Tradition, la foi seule pour être sauvé, le refus de l'autorité du pape. Jean Calvin à Genève, Ulrich Zwingli à Zurich donnent naissance à d'autres courants. Les protestants retiennent 66 livres bibliques, en laissant de côté les sept livres deutérocanoniques que les catholiques conservent.

  • 1534

    L'anglicanisme

    En Angleterre, Henri VIII rompt avec Rome pour des raisons d'abord dynastiques et se déclare chef de l'Église d'Angleterre. L'anglicanisme gardera une position particulière, entre catholicisme et protestantisme.

  • 1545–1563

    Le concile de Trente

    L'Église catholique répond : elle réaffirme sa doctrine, confirme les 73 livres de la Bible, réforme la formation des prêtres et la discipline. En 1570, saint Pie V fixe le missel qui restera en usage quatre siècles — la messe dite tridentine, ou messe en latin.

  • 1870

    Vatican I

    Le concile définit l'infaillibilité pontificale : le pape ne peut se tromper lorsqu'il proclame solennellement une vérité de foi. Une minorité refuse cette définition et forme les Églises vieilles-catholiques.

  • 1906

    Le pentecôtisme

    À Los Angeles, un réveil religieux donne naissance au pentecôtisme, centré sur l'expérience de l'Esprit Saint. Avec les courants évangéliques, c'est aujourd'hui la famille chrétienne qui croît le plus vite dans le monde, notamment en Afrique et en Amérique latine.

  • 1962–1965

    Vatican II

    Le concile Vatican II ouvre l'Église au monde : la messe peut être célébrée dans la langue de chacun, le dialogue avec les autres confessions et religions est encouragé, la liberté religieuse est affirmée. En 1969, Paul VI promulgue un nouveau missel. Ce tournant est reçu par l'immense majorité des catholiques, mais il va provoquer les divisions qui suivent.

  • 2007, puis 2021

    La messe ancienne, élargie puis restreinte

    Par Summorum Pontificum (2007), Benoît XVI autorise largement la célébration de la messe selon le missel de 1962. En 2021, par Traditionis custodes, François revient sur cette ouverture et en confie l'autorisation aux évêques, estimant qu'elle servait à contester le concile. Ce va-et-vient explique une bonne part des tensions actuelles.

Après Vatican II : trois positions à ne pas confondre

On range souvent sous le même mot de « traditionalistes » des réalités très différentes. La distinction tient à un point précis : le rapport à l'autorité du pape.

En pleine communion avec Rome

Les instituts traditionnels

Fraternité Saint-Pierre (1988), Institut du Christ-Roi et d'autres célèbrent la messe ancienne tout en reconnaissant pleinement le pape et le concile. Ils sont catholiques sans réserve : être attaché à la liturgie traditionnelle n'a jamais signifié être en rupture.

En situation irrégulière

La Fraternité Saint-Pie-X

Fondée en 1970 par Mgr Marcel Lefebvre, elle refuse plusieurs orientations de Vatican II. En 1988, il sacre quatre évêques sans l'accord de Rome : les excommunications suivent, levées en 2009. La Fraternité reconnaît le pape comme pape, mais conteste son enseignement conciliaire. Sa situation canonique reste irrégulière, et des discussions se poursuivent avec le Saint-Siège.

Hors de la communion

Le sédévacantisme

Le mot vient du latin sede vacante, « le siège étant vacant ». Ce courant très minoritaire, apparu dans les années 1970, tient que les papes qui ont suivi Pie XII ne sont pas de véritables papes, et que le siège de Pierre est donc vide. La conséquence est lourde : ils ne reconnaissent plus aucune autorité vivante dans l'Église. Ils se comptent en dizaines de milliers dans le monde, répartis en groupes eux-mêmes divisés. Cette position place ceux qui la tiennent hors de la communion catholique.

Les arguments, de part et d'autre

Savoir ce que chacun soutient ne suffit pas pour juger : il faut connaître les raisons. Voici, sans les trancher, les arguments avancés et les réponses qui leur sont faites.

La Fraternité Saint-Pie-X

Ce qu'ils avancent

Le concile aurait rompu avec l'enseignement antérieur sur trois points : la liberté religieuse, l'œcuménisme et la collégialité des évêques. Devant ce qu'elle juge une crise, la Fraternité estime agir par nécessité pour préserver la foi et le sacerdoce, quitte à passer outre les autorisations romaines.

Ce que Rome répond

Rome répond que le concile doit se lire dans la continuité de la Tradition, et non comme une rupture — c'est la thèse de Benoît XVI en 2005. Elle rappelle qu'aucune nécessité ne justifie de sacrer des évêques sans mandat pontifical, acte qui a entraîné les excommunications de 1988.

Le sédévacantisme

Ce qu'ils avancent

Le raisonnement s'appuie sur une thèse ancienne : un pape qui tomberait dans l'hérésie perdrait sa charge. Jugeant les enseignements conciliaires contraires à la foi définie auparavant, les sédévacantistes en concluent que les papes qui les ont promulgués n'étaient pas de vrais papes, et que le siège est vide depuis lors.

Ce que Rome répond

Trois objections lui sont opposées. D'abord, nul dans l'Église n'a autorité pour juger le pape — « le premier siège n'est jugé par personne ». Ensuite, l'acceptation paisible d'un pape par l'Église entière est tenue pour un signe certain de sa légitimité. Enfin, une vacance de plusieurs décennies, sans moyen d'élire un successeur, contredirait la promesse du Christ à son Église.

Les grandes familles chrétiennes aujourd'hui

Ordres de grandeur — les estimations varient selon les sources.

FamilleFidèlesEn bref
Catholiques ≈ 1,4 milliard En communion avec l'évêque de Rome. 73 livres bibliques.
Protestants ≈ 900 millions Luthériens, réformés, évangéliques, pentecôtistes, baptistes… une grande diversité.
Orthodoxes ≈ 220 millions Églises de tradition grecque et slave, séparées de Rome depuis 1054.
Anglicans ≈ 85 millions Communion anglicane, issue de la rupture de 1534.
Orthodoxes orientaux ≈ 60 millions Coptes, arméniens, syriaques, éthiopiens — séparés dès le Ve siècle.

Le vocabulaire, en clair

Sept mots qui reviennent sans cesse, et que l'on emploie souvent de travers.

Schisme
Rupture de communion entre chrétiens, sans nécessairement de désaccord sur la foi elle-même.
Hérésie
Négation obstinée d'une vérité de foi que l'Église tient pour révélée.
Concile œcuménique
Assemblée de tous les évêques du monde, convoquée par le pape, dont les décisions engagent l'Église entière.
Canon des Écritures
La liste des livres reconnus comme inspirés. 73 pour les catholiques, 66 pour les protestants.
Magistère
L'autorité d'enseignement de l'Église, exercée par le pape et les évêques.
Œcuménisme
La recherche de l'unité entre chrétiens séparés, promue par l'Église catholique depuis Vatican II.
Sede vacante
Locution latine — « le siège étant vacant ». Désigne normalement la période entre la mort d'un pape et l'élection du suivant.

Vérifier par vous-même

Cette page résume ; ces textes font foi. Ne donner que les documents romains reviendrait à ne fournir les pièces que d'un seul camp : chaque courant est donc renvoyé à ses propres sources, et l'origine de chacune est indiquée. Les citer n'est pas les approuver — c'est vous laisser lire et juger.

Les textes officiels de l'Église

La position traditionaliste, dans ses propres mots

  • La Porte Latine — Le site officiel du district de France de la Fraternité Saint-Pie-X : ses prises de position sur le concile, la messe et sa situation canonique.
  • Les catéchismes antérieurs au concile — Le Catéchisme du concile de Trente et celui de saint Pie X, toujours réédités, permettent de comparer soi-même l'enseignement d'avant et d'après. Sans lien : ce sont des livres, disponibles en librairie religieuse.

La position sédévacantiste, dans ses propres mots

  • Don Andrea Mancinella, 1962 — Révolution dans l'Église — Sous-titré « brève chronique de l'occupation néo-moderniste de l'Église catholique », cet ouvrage expose la thèse sédévacantiste sous la forme d'une chronologie. Le titre annonce d'emblée sa position : c'est un livre de combat, non un travail neutre — comme le sont, symétriquement, bien des textes de l'autre bord.
Et maintenant ? Depuis Vatican II, l'Église catholique s'engage dans le dialogue œcuménique : reconnaître ce qui unit avant ce qui sépare, et travailler à l'unité voulue par le Christ. Les excommunications de 1054 ont été levées en 1965. Le chemin est long, mais il est ouvert.